CAFÉ CARBONE - Infolettre - | Les émissions de GES en production maraîchère et fruitière : quelles sont les grandes tendances? | Les 10 fermes pilotes en production maraîchère et fruitière Agriclimat se distinguent par leur grande diversité : -
cinq fermes en production maraîchère, incluant des légumes cultivés en terres noires, en terres minérales et en serre, en plus des pommes de terre; -
cinq fermes en production fruitière, notamment des productions de canneberges, de pommes, de fraises, de framboises, de bleuets sauvages et de bleuets en corymbe. Malgré la grande diversité des fermes, tant par leur superficie, leur historique de culture et la présence ou non d’infrastructures pour réfrigérer et transformer les productions, nous avons pu dégager quelques tendances en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES) et de stratégies de réduction adaptées à la réalité des productions horticoles. Survol des émissions de GES des fermes maraîchères et fruitières En moyenne, les émissions s’élèvent à 0,14 kg d’équivalent CO2 (kg éq. CO2) par kg de fruits ou de légumes. Selon les productions, ce résultat varie toutefois de 0,08 à 0,19 kg éq. CO2/kg de produits. Globalement, les productions fruitières affichent un bilan légèrement inférieur aux productions maraîchères. Lorsqu’on rapporte les émissions à la superficie cultivée, la moyenne atteint 4,5 t éq. CO2 par hectare. Ici encore, on observe une grande variabilité : -
faibles émissions (0,2 t éq. CO2/ha) pour la production de petits fruits à faibles intrants, comme les bleuets sauvages; -
émissions moyennes (environ 4 t éq. CO2/ha) pour les cultures intensives de plein champ; -
émissions élevées (de 6 à 10 t éq. CO2/ha) pour les exploitations disposant de serres chauffées. | Qu’est-ce qui explique les différences entre les fermes? L'analyse des 10 bilans carbone met en lumière 3 grands facteurs : | 1. L’énergie fossile : le principal poste d’émissions L’utilisation de carburant et de gaz pour réaliser les opérations au champ et dans les serres constitue la principale source d’émissions en production maraîchère et fruitière. En moyenne, elle représente 58 % du bilan carbone des fermes étudiées, avec des variations allant de 35 à 82 %. Sans surprise, plus les besoins énergétiques sont élevés, plus les émissions augmentent. Par exemple, les pompes des systèmes d’irrigation peuvent représenter jusqu’à 50 % de l’énergie totale consommée à la ferme et le chauffage des serres au gaz ou au mazout alourdit considérablement le bilan. 2. Les émissions de N2O des sols : plus faibles en proportion que celles en grandes cultures Les émissions de protoxyde d’azote (N2O) représentent en moyenne 26 % du bilan carbone des fermes. Toutefois, leur importance varie fortement selon le type de sol : elles sont généralement faibles en sols légers (bleuets et canneberges), mais plus élevées en sols de texture moyenne et lourde (cultures maraîchères intensives). Dans le cas des terres noires, la variation des émissions mesurées est très étendue : les études rapportent des émissions variant de 0,2 à 40 kg/ha d’azote perdu sous forme de N2O. Ici, l’hypothèse est que les émissions sont liées à la dégradation des terres noires, et non à la fertilisation. Contrairement à ce qui est observé en grandes cultures, les émissions de N2O ne constituent généralement pas la principale source d’émissions en horticulture. Pour en apprendre davantage sur les émissions de N2O des sols, consultez notre infolettre de mai 3. Les intrants : une contribution à ne pas négliger En production maraîchère et fruitière, la fertilisation repose principalement sur des engrais minéraux. Les émissions de GES associés à leur fabrication représentent en moyenne 14 % des émissions totales des fermes étudiées. Du côté des pesticides, les faibles doses d’application (quantité de produits actifs) se traduisent par une contribution généralement limitée au bilan carbone, malgré leur coût environnemental élevé. Toutefois, dans certaines productions où leur utilisation est plus importante, leur contribution peut être non négligeable. Le même constat s’applique à d’autres intrants, comme les substrats de culture en serre, les plastiques et autres consommables. D’où l’importance de porter une attention particulière à tous les intrants requis pour la production afin d’avoir un portrait complet des émissions de l’entreprise. | Qu’en est-il du carbone des sols pour les productions maraîchères et fruitières? Contrairement aux autres postes d’un bilan carbone, les sols peuvent à la fois émettre et stocker du carbone. L’évolution du taux de matière organique (MO) permet d’ailleurs d’en suivre la dynamique : lorsqu’il diminue, le carbone est relâché dans l’atmosphère; lorsqu’il augmente, le sol stocke du carbone. Cette évolution est influencée notamment par les changements d’usage des terres (ex. : défrichage) et les pratiques culturales qui affectent les sols. Parmi les fermes pilotes Agriclimat, peu d’entre elles disposaient d’un historique du taux de MO suffisant pour en tirer des conclusions généralisables. Cela dit, dans les systèmes où les apports de MO sont limités (fertilisation minérale en majorité) et où le travail du sol est fréquent, on peut s’attendre à une diminution de la MO, comme cela est également observé en grandes cultures. Pour les cultures pérennes (30 ans et plus), comme les vergers, les bleuetières sauvages et les cannebergières, la dynamique du carbone des sols n’est pas évaluée. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) et les standards internationaux, il est considéré que les stocks de carbone sont à l’équilibre pour ces cultures, du fait de leur longue durée de vie. En apprendre plus sur le carbone des sols | Le cas de la ferme Les Jardins VMO | En 2022, Jean Olsthoorn, Lucienne Van Mil et Yan Olsthoorn, propriétaires de la ferme Les Jardins VMO, de Drummondville, ont entrepris une démarche ambitieuse pour réduire l’empreinte carbone de leur cannebergière de 12 hectares. Leur stratégie? Moderniser leurs infrastructures afin de diminuer leur dépendance aux énergies fossiles, notamment par l’électrification des pompes, tout en optimisant la fertilisation. | | L’entreprise avait réalisé un premier bilan carbone en 2021, avant la mise en œuvre de ces changements. Une mise à jour effectuée en 2025 permet aujourd’hui d’évaluer concrètement les retombées de ces investissements. Résultats : Avec une réduction de 79 % des émissions associées au poste de fabrication et de consommation d’énergie, les émissions annuelles totales de la ferme sont passées de 57 t éq. CO2 en 2021 à 20 t éq. CO2 en 2025, soit une réduction majeure de 65 % (37 t éq. CO2). | Bien que d’autres stratégies puissent être mises en place pour réduire le bilan carbone d’une exploitation maraîchère ou fruitière, l’exemple de la ferme Les Jardins VMO démontre tout de même les répercussions considérables de l’électrification sur les émissions de l’entreprise. Curieux de découvrir le cas d’une ferme en production maraîchère? La ferme Delfland présente les mesures concrètes mises en place pour réduire les GES. En apprendre plus sur le bilan carbone Agriclimat | Les journées BOvins pour le climat : ça débute ce mois-ci! | L’équipe du projet BOvins pour le climat a le plaisir de vous inviter à une série de trois journées thématiques qui auront lieu en juillet, août et septembre 2026. Organisées par les entreprises participantes, ces journées visent à favoriser le transfert de connaissances entre les acteurs du milieu agricole et ceux de la recherche. C’est l’occasion idéale pour aborder l’optimisation des systèmes de production bovine et ovine relativement aux enjeux climatiques. Les thématiques suivantes seront au cœur des discussions : - amélioration de l’efficacité du troupeau;
- évaluation des stratégies de gestion des fumiers pour réduire les GES;
- gestion des pâturages pour améliorer la productivité et le stockage de carbone;
- techniques de sursemis pour améliorer la résilience et la qualité des fourrages.
Chaque événement permettra de découvrir une ferme hôte, de prendre connaissance de son bilan carbone et d’échanger avec des chercheurs qui présenteront les derniers résultats découlant des essais sur le terrain. Vous pouvez vous inscrire dès maintenant via les liens d’inscription. Le coût est de 30$ pour les intervenants, et gratuit pour les producteurs et étudiants. | Bas-Saint-Laurent, Sainte-Hélène de Kamouraska : 23 juillet 2026 - Élevage du petit veau | | Chaudières-Appalaches, Saint-Zacharie : 12 août 2026 - Ferme BCA | | Estrie, Danville : 29 Septembre 2026 – Ferme BLB | | Un partenariat entre Concertation Grains Québec et Agriclimat | | Par souci de limiter l’ampleur des changements climatiques, Concertation Grains Québec (CGQ) a entrepris un projet visant à réduire les émissions de GES du secteur des grains. Dans le contexte de la mise à jour de l’analyse du cycle de vie des grains produits au Québec, laquelle avait été réalisée par les Producteurs de Grains du Québec en 2015, CGQ a fait appel au CDAQ – Agriclimat afin de documenter le potentiel de réduction des émissions de GES et de séquestration de carbone des différentes pratiques de production en grandes cultures. Les données issues de cette recherche documentaire contribueront à bonifier l’analyse du cycle de vie en vue de définir des scénarios de réduction pour la filière. De plus, le CDAQ mènera des consultations auprès des producteurs afin de mieux comprendre les freins et leviers liés à l’adoption des stratégies de réduction identifiées. | Découvrez l’un des nouveaux talents de notre équipe | Aurélie Demers Diplômée en technologie de la production horticole et de l’environnement de l’ITA de La Pocatière et agronome depuis 2022, Aurélie possède une riche expérience en production agricole dans des fermes maraîchères et en pomiculture. Elle a également acquis une solide expérience en recherche appliquée, d’abord comme technicienne au Cetab+, puis en tant qu’auxiliaire de recherche en agroécologie et entomologie à l’Université Laval. Ces quatre dernières années, elle a occupé le poste de professionnelle de recherche dans le domaine de la fertilisation et de la valorisation des biomasses au sein de l’IRDA (Institut de recherche et de développement en agroenvironnement). | | Cette expérience lui a permis de participer à plusieurs projets d’envergure portant sur les effets des cultures de couverture sur la fertilité et la santé des sols, ainsi que sur l’établissement de valeurs scientifiques de référence en fertilisation dans diverses cultures. Depuis qu’elle a rejoint l’équipe du CDAQ en janvier 2026, Aurélie s’implique principalement dans les projets Agrisolutions climat et BOvins pour le climat. | 💡Une expérience à partager, une pratique inspirante à mettre de l’avant ou une question à soulever? Vous pourriez collaborer à l’infolettre! Écrivez-nous à info@cdaq.qc.ca. Abonnez-vous dès aujourd'hui pour recevoir chaque numéro directement dans votre boîte courriel : Inscription à l'infolettre Agriclimat | | Agriclimat est financé par le gouvernement du Québec dans le cadre d’Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030. | | | | |