.Marie-Lili, toute excitĂ©e, se prĂ©pare pour aller passer la journĂ©e Ă la fĂȘte foraine du village. MalgrĂ© ses 67 ans. elle se sent en pleine forme. Elle se vĂȘtit dâune jolie petite robe, des souliers confortables pour la marche et un chapeau pour se protĂ©ger du soleil. « Ha! VoilĂ je suis prĂȘte », se dit-elle toute excitĂ©e, Ă savoir quâelle passera du bon temps dans tout ce brouhaha de la fĂȘte. Elle sort de chez elle et se dirige vers la banlieue du village. Elle entend dĂ©jĂ la musique du carrousel et voit la grande roue. Le cĆur tout Ă©mu, elle se dit : « Jâai tellement hĂąte dây monter, je verrai de lĂ -haut le toit de ma maison et tout le monde du village, câest super excitant ». ArrivĂ©e Ă destination, câest comme elle lâavait imaginĂ©. Tout le va-et-vient dâun kiosque Ă lâautre, une senteur de sucrĂ© Ă©veille son odorat⊠câest lâodeur de la barbe Ă papa. « Je vais mâen acheter une sans faute ». Elle se dirige vers le kiosque. Il y a dĂ©jĂ toute une ribambelle dâenfants qui attendent leur tour. « Cela ne me dĂ©range pas », se dit-elle, « je vais faire le pied de grue; je ne veux pas perdre mon tour, jâai trop hĂąte de dĂ©guster cette friandise si sucrĂ©e mais si rĂ©confortante ».
Mais un autre kiosque attire son regard. Elle ne lâavait jamais vu auparavant. Elle se dirige vers la grosse boĂźte en verre. Ă lâintĂ©rieur, il y avait une grosse tĂȘte coiffĂ©e dâun chapeau en forme de turban dĂ©corĂ© dâune pierre et dâune plume sur le devant. Comme une hallucination, un trĂšs petit homme sort du cĂŽtĂ© de la boĂźte et demande Ă Marie-Lili :
« Désirez-vous faire un voyage tout en restant ici ? »
Marie-Lili, un peu gĂȘnĂ©e, ne sait que dire⊠Le petit homme lui explique gentiment quâavec une piĂšce de monnaie et en plaçant ses pieds bien enlignĂ©s avec ceux dessinĂ©s au sol, les mains posĂ©es sur les barreaux, elle ferait un petit voyage.
Marie-Lili, curieuse, dĂ©pose non sans crainte sa piĂšce de monnaie. Tout Ă coup, le gĂ©nie lui sourit et lui fait un charmant clin dâĆil. Au mĂȘme moment, un tourbillon lâenveloppe. Le gĂ©nie lui murmure tout doucement :
« VoilĂ Marie-Lili, bienvenue dans le monde de ton rĂȘve. »
Pareil Ă une Ă©tincelle dans son cĆur - Pouff - Marie-Lili est en 1960.
« Ho monsieur le gĂ©nie⊠OĂč suis-je ??? »
Jâai 7 ans, je suis dans la maison des hirondelles. Monsieur Ămile nous apprend des chansons, madame Rolande nous accompagne au piano. Jâapprends une chanson « Le petite bonhomme de neige », je serai soliste lors du spectacle. Quel bonheur ! Quel plaisir de chanter !
Le tourbillon revient me chercher, me voilĂ au conservatoire de musique, lâatelier dâopĂ©ra. JâĂ©tudie pour ĂȘtre chanteuse dâopĂ©ra. Pour le moment, je suis une figurante chantant pour lâOpĂ©ra de MontrĂ©al « Les noces de Figaro ».
Je rĂ©alise tout un rĂȘve : chanter parmi les grands, ĂȘtre sur une scĂšne, chanter du plus profond de mon ĂȘtre, de mon Ăąme⊠Le tourbillon mâenveloppe encore. Je suis maintenant Ă New York, je fais partie de la distribution du « Met Opera » pour lâopĂ©ra « Madame Butterfly ».
Que ce tourbillon mâĂ©tourdit mais il y a tellement de bien-ĂȘtre dans cette Ă©tourderie ! Je suis bien.
Ă ce mĂȘme moment rĂ©apparaĂźt le gĂ©nie du kiosqueâŠ
« Ho gĂ©nie merci ! Tu mâas emmenĂ©e dans un monde que jâai tant rĂȘvĂ©... Apprendre le chant, chanter de lâopĂ©ra, voyager dans le monde entier. Merci pour ce voyage de rĂȘve ! »
Câest avec tristesse que le tourbillon me quitte. Dâun coup de vent, jâen perds mon chapeau. « Ouf, oĂč suis-je ? » Me voilĂ toujours en face de la boĂźte du gĂ©nie. Il me sourit encore mais le petit homme est disparu. La senteur de la barbe Ă papa, elle, est encore prĂ©sente dans lâair. Je mâen vais de ce pas me lâacheter et la dĂ©guster une bouchĂ©e Ă la fois⊠en chantantâŠ
Mes amis, la vie est belle malgrĂ©... lalalala đ¶