Par Carl Tardif
Ni l’un ni l’autre ne faisait partie de la rotation des lanceurs partants au début de la saison. Après Ryan Sandberg lors du premier match de la demi-finale, c’est au tour de James Bradwell d’obtenir le départ de l’important second affrontement de la série 3 de 5 entre les Capitales et les Wild Things de Washington.
Ainsi, les deux lanceurs retenus pour entreprendre cette série étaient des releveurs en début de campagne. Comme quoi les choses peuvent évoluer rapidement dans le baseball.
«Au début du camp d’entraînement, je n’étais même pas certain d’avoir un poste dans le personnel des lanceurs. J’ai dû monter à Patrick [Scalabrini] et Christian [Chénard] que j’avais ce qu’il fallait pour me tailler un poste avec l’équipe», dit celui qui en a finalement fait plus que ce à quoi prévoyaient ses patrons.
«Bien sûr, personne ne pouvait s’attendre à ce qu’il connaisse une telle saison. Si on l’a transformé en lanceur partant lors du premier mois, c’est qu’il ne donnait absolument rien en relève chaque fois qu’on l’utilisait. Et c’était la même chose pour Sandberg», note Chénard, qui en était à sa première campagne dans son rôle d’adjoint à Scalabrini.
Une visite dans la page des statistiques de la Ligue Frontière le confirme. À leurs quatre premières sorties en relève, en mai dernier, Bradwell et Sandberg n’ont absolument rien donné aux frappeurs adverses. Les deux ont ensuite effectué à merveille la transition de releveur à partant.
Pour un, Bradwell a reçu le titre de lanceur par excellence des Capitales et de la Ligue grâce à une fiche immaculée de 12-0. Celle-ci s’inscrit dans les plus dominantes de l’histoire de l’équipe puisqu’il s’est joint à un club restreint d’auteurs de 12 victoires ou plus en une saison à Québec.
«Cela aurait été pas mal audacieux de ma part de penser que j’aurais pu avoir une telle fiche, ce n’est vraiment pas quelque chose à laquelle on pense. Tout ce que j’ai voulu faire cette saison, c’était d’aider l’équipe à gagner chaque fois qu’on m’utilisait», nous racontait Bradwell tout juste avant le début de la finale.
Quand même, une fiche de 12-0, c’est impressionnant!
«Oui, c’est bien, mais elle n’est pas juste à propos de moi. Elle reflète aussi le soutien de mes coéquipiers, autant les releveurs, l’attaque et la défensive. Personnellement, je suis surtout fier d’avoir montré quel genre de lanceur que j’étais.»
Plus d'un an sans jouer
Après avoir été un an et demi sans jouer au baseball en raison de la pandémie, le natif de Vancouver est sorti de l’université de la Colombie-Britannique sans trop d’options devant lui. Il s’est joint à Équipe Québec, en 2021, et s’est retrouvé Trois-Rivières à la suite du repêchage entre les Capitales et les Aigles pour départager les joueurs qui n’appartenaient pas déjà aux deux équipes.
Il a été remercié quelques semaines après le début de la saison 2023.
«Chaque fois que je lançais, il y avait beaucoup de circulation sur les sentiers. Ça m’a choqué d’être libéré parce que je me savais meilleur que je l’étais en réalité.»
Il avait offert ses services à Scalabrini en cours de route, mais son personnel affichait complet et filait vers un deuxième championnat d’affilée. À la suggestion du gérant, Bradwell s’est retrouvé dans la Ligue Inter-County, en Ontario, où il est parvenu à s’imposer.
«Patrick m’avait dit d’aller lancers des manches et qu’il pourrait me donner une nouvelle chance. Il a tenu parole, je l’apprécie beaucoup. À Welland, on dirait que j’ai réappris à lancer et j’ai fait le plein de confiance», admet celui qui a alors entendu beaucoup parler de Justin Gideon, le joueur de l’année avec les Capitales.
«Il n’était plus là, mais c’est une légende, là-bas, tout le monde parlait encore de lui.»
Grâce à lui, les Capitales ont fait le gain de plusieurs partisans dans l’Ouest canadien, où ses parents, frères, oncles et tantes regardent tous les matchs de l’équipe en webdiffusion sur le site de Flosports avec leurs cotons ouatés des Capitales.
«Tous les joueurs que je connais savent que Québec est l’endroit à jouer dans le baseball indépendant. C’est fou tout le soutien qu’on obtient de la part des partisans et du traitement que l’on reçoit par la direction de l’équipe. Ça explique aussi le succès du club sur le terrain.»
Son rendement pourrait lui ouvrir les portes d’un niveau supérieur, mais il ne s’en fait pas avec la suite de sa carrière.
«J’ai appris que le sort d’un joueur ne dépendait pas juste de lui, mais aussi de plusieurs personnes. Il faut parfois tomber à la bonne place au bon moment. On verra bien. Mais chaque chose en son temps. La saison n’est pas terminée»
«Mon objectif cette saison était de contribuer à la conquête d’un troisième championnat d’affilée. Je n’aborderai mon premier départ en série différemment qu’en saison. Je sais que ce sera excitant, que l’ambiance sera incroyable et l’enjeu très important», disait-il avant le début de cette finale.
*Contenu publié en exclusivité au Club FanatiQ*