CAFÉ CARBONE- Infolettre - | La gestion de l’eau et les changements climatiques | L’eau est une ressource indispensable à toute production agricole. Au Québec, sa grande abondance a rarement conduit à remettre en question sa disponibilité. Or, les changements climatiques nous rappellent que cette ressource n’est pas inépuisable et qu’elle devra être gérée avec davantage de prévoyance dans les années à venir. D’ici 2050, l’évolution du climat influencera notamment : - le volume des précipitations et leur répartition dans l’année;
- l’intensité et la fréquence des précipitations;
- la fréquence, la durée et la sévérité des sécheresses.
| Saison de croissance : quels changements prévoir au Québec? | 1. Une stabilité des précipitations estivalesBien que nous nous attendions à une augmentation des précipitations annuelles totales, celles-ci ne seront pas réparties uniformément au cours de l’année. Les précipitations augmenteront à l’automne, en hiver et au printemps, alors qu’elles demeureront relativement stables en été. Cela signifie que la quantité de pluie reçue durant la saison estivale changera peu par rapport à aujourd’hui, tout en restant très variable d’un été à l’autre. | 2. Une modification du régime des précipitationsLe régime des précipitations sera donc modifié. Les épisodes de fortes pluies devraient effectivement devenir à la fois plus intenses et plus fréquents. Rappelons que les excès d’eau causés par ces pluies entraînent de nombreux défis au champ, tels que des risques de ruissellement, d’érosion des sols, d’accumulation d’eau et de perte de nutriments et de rendement. Cependant, de nombreuses stratégies d’adaptation peuvent être adoptées pour faire face aux pluies intenses et aux excès d’eau. Les principaux axes d’intervention sont l’amélioration de l’écoulement de l’eau et l’amélioration de la structure des sols. | Pour aller plus loin : les pluies intenses en chiffresAfin de décrire les caractéristiques des pluies intenses, les courbes IDF (Intensité-Durée-Fréquence) du Portail canadien des données climatiques permettent d’établir la relation entre : - l’intensité de la pluie (mm/h);
- la durée de l’événement pluvieux (ex. : 5 min, 1 h, 24 h);
- la fréquence ou la période de retour (ex. : pluie qui survient en moyenne une fois tous les 2, 10, 25, 50 ou 100 ans).
À quel point l’intensité des pluies augmentera-t-elle?À la station météorologique de Drummondville, au Centre-du-Québec, les courbes IDF montrent qu’une pluie d’une durée d’une heure qui survient historiquement une fois tous les 25 ans présente une intensité moyenne d’environ 36 mm/h. Selon les projections climatiques, cette intensité pourrait atteindre 45 mm/h d’ici 2050 dans un scénario de changements climatiques modérés, soit une augmentation d’environ 24 %. Dans le climat futur, une pluie ayant la même durée et la même période de retour générera une quantité d’eau supérieure. À quel point les pluies intenses deviendront-elles plus fréquentes?Les changements climatiques pourraient influencer la fréquence des épisodes de fortes pluies. Par exemple, toujours à la station de Drummondville, une pluie d’une intensité de 36 mm/h, actuellement associée à une période de retour de 25 ans, pourrait survenir en moyenne tous les 7 ans d’ici 2050 dans un scénario modéré, soit près de trois fois plus souvent qu’au cours de la période historique. Cela signifie que des épisodes de pluie actuellement considérés comme exceptionnels pourraient devenir de plus en plus récurrents. Des tendances semblables sont observées pour l’ensemble des stations météo à travers le Québec. | | 3. Des épisodes de sécheresse plus longs et plus fréquentsLes épisodes de sécheresse attendus au Québec sont le résultat d’une combinaison de plusieurs changements dans le régime climatique. D’une part, les étés plus chauds accentueront l’évapotranspiration du sol et des plantes et, par conséquent, les besoins en eau. D’autre part, les précipitations ne suivront pas la même tendance : leur quantité totale estivale demeurera stable, mais elles se concentreront sous forme de fortes pluies. Il importe de noter que les pluies intenses ne sont pas aussi efficaces pour approvisionner les plantes en eau : elles favorisent le ruissellement de surface au détriment de l’infiltration de l’eau dans le sol. Quant à la fréquence et à la durée des périodes sans pluie (ex. : au moins 7 jours sans précipitation), nous nous attendons à ce que celles-ci augmentent. En conclusion, les conditions climatiques futures auront pour effet d’accentuer le stress hydrique des plantes et de diminuer la disponibilité de l’eau. Par conséquent, nous pouvons redouter des répercussions sur le rendement et la qualité des cultures, ainsi que sur l’approvisionnement en eau nécessaire à l’abreuvement des animaux et à l’irrigation. Pour faire face aux sécheresses, les stratégies d’adaptation visent notamment à : - améliorer la structure des sols;
- augmenter la résilience des plantes;
- implanter des aménagements agroforestiers;
- optimiser la gestion de la ressource en eau.
| La gestion de l’eau : au cœur d’une activité collective d’Agrisolutions climat | Les activités collectives d’Agrisolutions climat Agrisolutions climat est un projet d’envergure dont l'objectif est de soutenir financièrement les producteurs agricoles dans l’adoption de pratiques de gestion bénéfiques (PGB) qui contribuent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à favoriser la santé des sols. Le projet s’articule autour de trois volets, soit : - Le soutien de l’adoption et la mise en œuvre à la ferme des PGB;
- La formation d’agronomes et de conseillers agricoles;
- La réalisation d’activités de mobilisation des agriculteurs et de transfert de connaissances.
C’est dans le cadre de ce troisième volet que sont réalisées les activités collectives. Ces activités permettent à plusieurs entreprises agricoles de se réunir autour d’un défi commun, de partager leurs expériences et de bénéficier de l’expertise de professionnels et de conseillers agricoles. Elles favorisent ainsi la réflexion collective et l’acquisition de connaissances, permettant de mieux intégrer les changements climatiques dans la prise de décision à la ferme. Pour en apprendre plus sur le projet Agrisolutions climat : Agrisolutions climat – UPA | Dix fermes et quatorze intervenants pour réfléchir à la gestion de l’eauDans un contexte où les changements climatiques modifient la disponibilité et la gestion de l’eau, l’un des plus grands enjeux du milieu agricole consiste à renforcer la capacité des entreprises agricoles à prendre des décisions éclairées face aux sécheresses, aux excès d’eau et aux épisodes de pluies intenses. C’est dans cette optique que l’équipe d’Agrisolutions climat a consacré sa plus récente activité collective à l’accompagnement des entreprises agricoles aux prises avec des enjeux hydriques. L’activité visait à intégrer les changements climatiques et les projections climatiques dans la réflexion entourant la gestion de l’eau à l’échelle de l’entreprise, dans le but d’identifier des solutions adaptées à sa réalité et viables à long terme. Accompagnés par une équipe interdisciplinaire composée de leurs conseillers et d’ingénieurs, les producteurs participants ont bénéficié d’un diagnostic personnalisé intégrant des projections climatiques à l’échelle de la ferme, une cartographie de l’environnement hydrologique, la caractérisation des sols et la collecte de données terrain. La démarche a permis d’identifier quatre priorités d’intervention1 : - L’amélioration de l’égouttement et de l’écoulement déficients (8 fermes sur 10);
- La réduction de la compaction (6 fermes sur 10);
- La réduction de l’érosion (4 fermes sur 10);
- L’optimisation de l’exutoire du réseau hydraulique (4 fermes sur 10).
En s’appuyant sur ce diagnostic, les producteurs et les conseillers ont été invités à prendre du recul par rapport aux solutions développées en réaction à des événements météorologiques ponctuels et à réfléchir à des solutions d’adaptation cohérentes avec les conditions futures auxquelles les entreprises seront confrontées. 1Ces priorités d'intervention ont une influence sur la gestion de l'azote et sur le rôle des cultures de couvertures. | L’avis d’Hélène Bernard, ingénieure agronome et conseillère en agroenvironnement au MAPAQEn quoi la prise en compte des changements climatiques enrichit‑elle un diagnostic de gestion de l'eau?« Intégrer les changements climatiques à un diagnostic de gestion de l’eau, c’est aller au- delà des problèmes observés aujourd’hui pour mieux anticiper les besoins de demain. La connaissance du climat futur nous aide à formuler des recommandations adaptées et durables. C’est aussi une occasion de mobiliser les producteurs et productrices, qui constatent déjà les effets des changements climatiques sur leurs terres et leurs cultures. Le diagnostic doit considérer les deux réalités : les excès d’eau, qui compliquent les travaux aux champs, et les périodes de sécheresse, qui mettent les cultures à l’épreuve. Dans les deux cas, la santé des sols joue un rôle clé. Un sol en bonne santé favorise l’infiltration de l’eau et sa conservation, contribuant ainsi à mieux composer avec les extrêmes climatiques et à réduire les risques pour les entreprises agricoles. » | | L’avis de Sylvie Choquette, agronome et conseillère en agroenvironnement au GCA (Groupe Conseil agricole de la Côte-du-Sud)Quelle est, selon vous, la principale valeur ajoutée d'un diagnostic de gestion de l'eau dans un contexte de changements climatiques?« Le diagnostic de gestion de l’eau en contexte de changements climatiques devient de la proactivité. Si on observe un début de problématique actuellement, lors de fortes et intenses précipitations ou lors de sécheresse un peu plus longues, il y a fort à parier que la situation risque de se détériorer dans le climat du futur. Observer ses champs, ses cultures, son sol, le comportement de l’eau pour une ou des parcelles, comparer avec des parcelles ou secteurs où tout va bien, va amener le producteur à comprendre ce qui se passe et tenter de l’améliorer maintenant. La planification des interventions va entrainer des actions réfléchies et souvent moins dispendieuses que d’attendre et de se retrouver face à un mur. » Parmi les problématiques observées ou résultats obtenus, qu'est-ce qui vous a le plus surprise ou marquée quant à l'impact de cette démarche auprès des producteurs participants? « Une fois la problématique cernée, ce qui m’a le plus marquée, c’est la volonté des producteurs d’en comprendre les causes, de mettre en œuvre des solutions et d’améliorer leurs pratiques. La démarche exige du temps et comporte de nombreuses questions et visites au champ. Elle peut comprendre; la réalisation de profils de sol, la pesée de la machinerie, des tests de bobettes, des mesures de la densité du sol, la vérification des systèmes de drainage. Ces étapes s’ajoutent aux activités régulières de l’entreprise. Malgré cela, les producteurs y consacrent le temps et l’énergie nécessaires pour trouver des solutions.» | | Les conseillers agricoles en ressortent gagnantsAu-delà de l’accompagnement offert aux producteurs, le développement des compétences des conseillers est également au cœur des objectifs des activités collectives. Dans le cadre de la démarche, les conseillers agricoles des fermes participantes sont amenés à développer trois compétences clés : - Intégrer les notions de changements climatiques dans leur diagnostic et leurs recommandations;
- Collaborer avec d’autres intervenants de différents domaines d’expertise;
- Utiliser de nouveaux outils de prise de données.
En participant à ces activités, les conseillers développent de nouvelles connaissances qu’ils peuvent ensuite réinvestir dans leur pratique professionnelle, renforçant ainsi leur capacité à accompagner les entreprises agricoles dans un contexte où les changements climatiques influencent de plus en plus le secteur. | En plus d’être l’une des premières fermes à tester les Équipes carbone, la Ferme Gosselin, présentée dans le dernier numéro de l’infolettre, est également l’une des entreprises participantes à l’activité collective. Découvrez ou redécouvrez son parcours, les constats tirés de son diagnostic et les pistes d’action mise de l’avant pour améliorer la gestion de l’eau de la ferme en consultant l’infolettre d’octobre. | | Agrisolutions climat est un projet de l'Union des producteurs agricoles (UPA) géré par le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ), en partenariat avec les Producteurs de grains du Québec (PGQ), dans le cadre du programme Solutions agricoles pour le climat (SAC) – Fonds d’action à la ferme pour le climat (FAFC). | Le projet Prairies de demain : 14 fermes mobilisées pour renforcer la résilience des systèmes fourragers | Les avantages des systèmes fourragers complexes et des techniques de sursemis sont désormais bien reconnus au Québec, alors que plusieurs expérimentations menées dans la province en ont fait la démonstration. Cependant, certaines questions demeurent en ce qui concerne notamment l’optimisation des combinaisons d’espèces et des stratégies d’implantation. Dans un contexte de changements climatiques, il est essentiel de mieux comprendre ces interactions afin de renforcer la résilience des systèmes fourragers. C’est dans cette perspective que le Conseil québécois des plantes fourragères a mis en œuvre le projet Prairies de demain, qui vise à démontrer les bienfaits des mélanges complexes de plantes fourragères et à soutenir leur déploiement dans les entreprises agricoles du Québec. Ce projet de trois ans (2026-2029) est coordonné par le CDAQ, en collaboration avec les équipes scientifiques de Simon Lafontaine et de Patrice Kpadé de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue pour l’évaluation des répercussions agronomiques, économiques et environnementales des pratiques testées. Ce projet bénéficie également de l’appui des Producteurs de bovins du Québec pour sa promotion. L’équipe développe actuellement un réseau d’essais à l’échelle du Québec agricole qui comptera 14 fermes et une station expérimentale. | Agriclimat sur les routes du Québec : coup d’œil sur la saison terrain | Au cours de l’été et de l’automne, l’équipe d’Agriclimat-CDAQ est allée à la rencontre des producteurs et des conseillers agricoles aux quatre coins du Québec. Par l’entremise de la Caravane des changements climatiques, des tournées BOvins pour le climat, des tournées Cultures de couverture et de plusieurs événements partenaires, près d’une quinzaine de séances ont permis d’aborder concrètement les connaissances scientifiques liées aux changements climatiques et leurs implications pour le secteur agricole. Ces activités ont été des occasions privilégiées pour échanger sur les défis et les solutions propres aux différentes réalités régionales, tout en mettant en lumière des initiatives inspirantes mises en œuvre dans des entreprises agricoles engagées ainsi que des résultats observés sur le terrain. Notre saison terrain en chiffres :- 14 événements terrain, soit 14 fermes visitées;
- 8 régions parcourues, de l’Abitibi à la Gaspésie;
- 3 tournées provinciales;
- 603 personnes sollicitées au total.
Nous tenons à remercier chaleureusement tous les producteurs et toutes les productrices qui nous ont accueillis dans leur entreprise, de même que tous les conseillers, intervenants et partenaires qui ont contribué au succès de ces activités! | Découvrez l’équipe du CDAQ | Jennifer Philion Agronome de profession, Jennifer détient une maîtrise en science animale et est diplômée du microprogramme de 2ᵉ cycle en gestion stratégique de projet de l’Université Laval. Après un passage chez Lactanet, Jennifer a intégré l’équipe du CDAQ en 2022. Elle s’est alors investie dans le projet Agriclimat et s’est découvert un talent pour la conception de formations pour les conseillers. | | Jennifer se distingue par son engagement envers la mission de l’organisation et par son extrême minutie dans la préparation des nombreux livrables offerts par le CDAQ. On dit d’elle qu’elle ajoute une touche magique à tout ce qu’elle entreprend. Coordonnatrice des services depuis 2025, Jennifer représente un véritable pilier pour l’équipe tout en menant de front le projet Agriclimat. | 💡Une expérience à partager, une pratique inspirante à mettre de l’avant ou une question à soulever?Vous pourriez collaborer à l’infolettre! Écrivez-nous à info@cdaq.qc.ca. Abonnez-vous dès aujourd'hui pour recevoir chaque numéro directement dans votre boîte courriel : infolettre Agriclimat | | Agriclimat est financé par le gouvernement du Québec dans le cadre d’Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030. | | | | |