CAFÉ CARBONE

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Chronique technique

Le méthane entérique

En production laitière, bovine ou ovine, la fermentation entérique représente la principale source d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Essentiel à la digestion des ruminants, ce processus biologique repose sur l’action de microorganismes dans le rumen…qui produisent du méthane (CH4).

Réduire ces émissions sans affecter la digestion n’est donc pas une mince affaire! Cela dit, même de faibles réductions peuvent améliorer significativement le bilan carbone global. Alors, comment s’y prendre?

L’équivalent CO2 : comparer les GES

Tous les GES n’ont pas des effets égaux sur le climat. Une fois dans l’atmosphère, deux éléments les distinguent : la quantité de chaleur qu’ils retiennent et leur durée de vie dans l’atmosphère.

Afin de refléter ces différences, on utilise le potentiel de réchauffement planétaire (PRP), qui exprime les émissions en une unité commune : l’équivalent CO2. Concrètement, il s’agit de la quantité de chaleur qu’un gaz emprisonne sur une période de 100 ans, comparativement au CO2, qui sert de référence (PRP = 1).

Le méthane capte davantage de chaleur, mais se dégrade plus rapidement (environ 10 ans) que le CO2 qui peut persister dans l’atmosphère des milliers d’années. En considérant ces facteurs, le méthane d’origine biogénique, tel que le méthane entérique, possède un PRP d’environ 27, c’est-à-dire qu’il est 27 fois plus puissant que le CO2.

 

Méthane entérique : survol des stratégies les plus influentes pour réduire ces émissions

Une vache laitière émet en moyenne de 400 à 600 g de méthane (CH4) par jour, contre 15 à 20 g pour une brebis. Pour réduire ces émissions, deux champs d’action principaux se démarquent : l’alimentation et la régie du troupeau.

L’alimentation

La qualité des fourrages influence fortement les émissions de CH4. En général, plus leur teneur en fibres au détergent neutre (% NDF) est élevée, plus les émissions augmentent. Cette teneur est notamment liée au stade de maturité à la récolte et aux espèces récoltées.

De par leur richesse en protéines et en énergie, l’ajout de grains peut améliorer la digestibilité de la ration et la productivité, à condition de maintenir un bon équilibre protéines-énergie et fourrages-grains pour préserver la santé ruminale. Une meilleure productivité permet de réduire les émissions par unité de produit (ex. : kilogramme de lait corrigé pour le gras et les protéines, kg de poids vif).

Sous certaines conditions, l’augmentation du taux de gras de la ration peut contribuer à diminuer les émissions entériques. Les additifs alimentaires représentent une piste complémentaire potentielle qui, en modifiant les conditions du rumen, pourraient diminuer la production de méthane. Leur usage et leur effet sont toutefois encore en évaluation par la communauté scientifique.

La régie du troupeau

Une gestion optimisée de la reproduction et de la santé favorise la longévité des animaux et permet de limiter le nombre de sujets de remplacement.

Le recours à des stratégies de reproduction ciblées (semences sexées ou boucherie) permet d’ajuster la relève et d’accélérer le progrès génétique.

La sélection d’animaux plus efficaces, tant sur le plan de l’efficience alimentaire que de la production de méthane, représente une piste prometteuse. Des indicateurs de production de méthane et d’efficience alimentaire sont souvent disponibles lors de la sélection des semences pour l’insémination.

 

Un projet inspirant

Du réservoir au bilan carbone : l’analyse du lait comme outil de mesure du méthane entérique



Afin de quantifier et de suivre l’effet de l’adoption de solutions de réduction des émissions de méthane entérique, le projet Méthane Québec, initié par les Producteurs de lait du Québec en collaboration avec Lactanet, développe un outil de suivi en continu des émissions de méthane entérique pour les producteurs laitiers.

Le caractère novateur du projet réside dans l’utilisation de l’analyse de routine du lait de réservoir. En exploitant la spectroscopie infrarouge (IR) et les composantes du lait (des données déjà collectées tous les deux jours), il deviendra possible d'estimer les émissions de méthane entérique du troupeau sans intervention directe sur les animaux.

Le projet se déploie en deux phases :

1. Le développement

Menée auprès d’une quinzaine de fermes, cette première phase visait à élaborer un algorithme permettant de relier les émissions de méthane entérique (mesurées grâce à des capteurs installés dans les mangeoires des robots de traite) aux analyses de lait et aux variables de production.

2. L’évaluation

C’est la phase qui est en cours. L’algorithme développé est mis en pratique dans plus de 100 fermes dans le but de relever des liens entre les changements de régie et les variations dans les émissions de méthane estimées par les analyses de lait.

Au cours des prochains mois, tous les producteurs de lait du Québec pourront visualiser leurs émissions de méthane sur un outil informatique disponible via l’extranet des PLQ.

Pour en apprendre davantage sur le projet : page web et webinaire

 

Le rôle d’Agriclimat – CDAQ dans le projet Méthane Québec

La contribution d’Agriclimat vise à déterminer si les stratégies qui peuvent être mises en place pour réduire les émissions de méthane entérique n’entraînent pas, en contrepartie, une augmentation des émissions dans d’autres secteurs de la ferme (par exemple les fumiers ou les sols agricoles).

Pour ce faire, plus de 35 bilans carbone d’entreprises laitières ont été réalisés. Une dizaine de fermes en étaient à leur deuxième bilan, permettant ainsi d’analyser l’évolution des émissions dans le temps. Pour les autres, des scénarios d’atténuation sont en cours d’élaboration avec les producteurs et leurs conseillers afin d’évaluer les effets sur l’ensemble des sources d’émissions.

Pour consulter la fiche projet : fiche

 

Faites la connaissance de la chargée de projet derrière la contribution d’Agriclimat à Méthane Québec

Frédérique Dupéré-Larouche

Originaire du Saguenay, Frédérique est agronome et diplômée d’un baccalauréat en génie agroenvironnemental, ainsi que d’une maîtrise en sécurité alimentaire.

Avant de se joindre au CDAQ, elle a d’abord œuvré comme conseillère en économie circulaire, où elle a travaillé sur des projets agroalimentaires axés sur l'analyse de cycle de vie, la valorisation de sous-produits et la mise en place de boucles d’économie circulaire.

Depuis son arrivée dans l’équipe en 2025, elle se consacre principalement au projet Méthane Québec. Parallèlement, elle s’investit dans le volet changements climatiques d’Agrisolutions Climat, notamment à travers les caravanes des changements climatiques et les activités collectives de soutien au passage à l’action, tout en contribuant activement au développement de la plateforme Agriclimat.

 

Actualités Agriclimat

Retour sur la tournée des groupes de travail régionaux

L’équipe du Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ) achève sa tournée de rencontre des groupes de travail régionaux (GTR) à travers le Québec.

Ayant parcouru 10 régions du Québec, la tournée a mobilisé plus de 150 personnes, dont plus de la moitié sont des producteurs. Ces échanges ont permis aux participants d’identifier les stratégies les plus prometteuses concernant la gestion de l’eau, les risques de sécheresses, la fertilisation et la gestion des fumiers.

Pour le CDAQ, les GTR sont une occasion précieuse d’arrimer nos actions avec les réalités vécues dans chaque région.

Nous tenons sincèrement à remercier tous les producteurs et intervenants qui ont participé!

 

Séance d'information : Projet Agrisolutions climat

Passez à l’action avec Agrisolutions climat, grâce à un soutien financier et l’accompagnement personnalisé d’agronomes. Vous y découvrirez des solutions concrètes pour optimiser la gestion de l’azote et la couverture des sols!

Ouverture des formulaires d'inscription : 23 avril 2026

Participez à la rencontre virtuelle d’information pour connaître les conditions de participation aux six pratiques de gestion bénéfiques (PGB) admissibles à une aide financière pour la saison 2026.

Mercredi 22 avril, 8 h 30 à 10 h

 

M'inscrire

Lors de cette rencontre, vous aurez la chance d’en apprendre plus sur les modalités de participation, de poser vos questions et de découvrir comment maximiser les retombées pour votre entreprise. 

* La PGB Inhibiteurs de nitrification et d’uréase s’ajoute cette année aux pratiques offertes dans le cadre du projet. Visionnez le webinaire du 4 mars pour en comprendre le fonctionnement et les conditions d’application.

Ce projet est financé par Agriculture et Agroalimentaire Canada sous le programme Solutions agricoles pour le climat (SAC) – Fonds d’action à la ferme pour le climat (FAFC) 

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Agriclimat est financé par le gouvernement du Québec dans le cadre d’Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030.