CAFÉ CARBONE - Infolettre - | Le stress thermique en production animale : un enjeu d'aujourd'hui et de demain! | Les animaux sont sensibles à la chaleur et à l’humidité. Lorsqu’il fait plus chaud dans l’étable ou aux pâturages, ils subissent un déséquilibre thermique : ils gardent alors plus de chaleur qu’ils ne sont capables d’en dissiper. C’est ce que l’on appelle le stress de chaleur. Au Québec, les travaux de la professeure Véronique Ouellet démontrent que les animaux sont déjà confrontés à cet enjeu. De plus, les projections climatiques fournies par Ouranos laissent présager que la fréquence, l’amplitude et les effets du stress de chaleur seront exacerbés. À l’horizon 2050, les climatologues prévoient une hausse importante des températures dans la province, avec : - des épisodes de chaleur extrême (jours avec une température supérieure à 30 °C);
- des nuits chaudes (température supérieure à 20 °C).
Visionnez le Café Carbone : Stress thermique en production laitière Voici quelques exemples de projections pour le scénario d’émissions de GES modéré (on est optimistes!) pour les principales régions agricoles du Québec : - Montérégie : Alors que la Montérégie comptait historiquement 9 jours par an avec une température supérieure à 30 °C, ce total passerait à 24 jours d’ici 2050 (+15 jours).
- Estrie : Ce nombre passerait de 3 à 10 jours (+7 jours).
- Outaouais : Ce nombre passerait de 4 à 11 jours (+7 jours).
- Centre-du-Québec : Ce nombre passerait de 6 à 18 jours (+12 jours).
- Bas-Saint-Laurent : Ce nombre passerait de 1 à 5 jours (+4 jours).
| La température n’est pas la seule responsable du stress de chaleur : l’humidité de l’air (appelée humidité relative) y joue également un rôle, car les animaux ont plus de difficulté à évacuer la chaleur quand l’humidité de l’air est élevée. C’est pourquoi l’indice de température-humidité (THI) est utilisé pour mesurer la sensation de chaleur ressentie par les animaux. Par exemple, à une humidité relative moyenne de 60 % et une température de 20 °C, le THI atteint une valeur de 66. Or, en production laitière, un THI aussi faible que 58 entraîne une diminution du taux de matières grasses dans le lait. Le stress de chaleur est donc déjà relativement courant et occasionne des effets sur les animaux. Ceci dit, la hausse prévisible des températures risque-t-elle d’intensifier le stress de chaleur? | Malheureusement, il n’est pas possible pour l’instant d’établir des projections du THI pour le Québec, car les projections de l’humidité relative sont encore jugées trop incertaines par les climatologues d’Ouranos. Cependant, ailleurs au Canada, des analyses ont été réalisées pour évaluer l’effet de la chaleur sur les humains, à l’aide de l’indice humidex, qui combine l’effet de la température et l’humidité relative pour quantifier la chaleur ressentie. Ainsi, des travaux d’Environnement et Changement climatique Canada1 confirment que de nombreux endroits au pays connaîtront probablement de plus en plus de jours avec un humidex supérieur à 40, classés comme « des jours d’extrême prudence » pour les humains. | Le nombre de jours par an où l’indice humidex sera supérieur à 30 évoluerait ainsi dans un scénario d’émissions de GES modéré : - Montérégie : Ce nombre passerait de 45 jours historiquement à 75 jours à l’horizon 2050 (+30 jours)
- Outaouais : Ce nombre passerait de 26 à 47 jours (+21 jours).
- Centre-du-Québec : Ce nombre passerait de 18 à 35 jours (+17 jours).
- Bas-Saint-Laurent : Ce nombre passerait de 10 à 25 jours (+15 jours).
| Ainsi, il est possible d’imaginer, à partir de l’évolution projetée de l’humidex, que le nombre de jour où le stress de chaleur pour les animaux sera critique sera également plus élevé. Chose certaine, le climat humide du Québec fait en sorte que l’humidité demeure un facteur d’autant plus déterminant et difficile à contrôler à l’intérieur des bâtiments d’élevage. 1Carte interactive, Informations | | Pourquoi s'inquiéter du stress de chaleur? Les animaux qui subissent un stress de chaleur sont contraints de modifier leurs comportements (alimentation, consommation d’eau, activités) pour tenter de maintenir une température corporelle adéquate, ce qui influence directement la performance, la croissance, la conversion alimentaire, la fertilité, la santé et le bien-être du cheptel. On observe aussi d’autres conséquences propres à certaines productions. Notamment, en production laitière, le stress de chaleur a pour effet de réduire les taux de protéines et de gras dans le lait. Pour la production ovocole, cet enjeu peut nuire à la qualité des œufs produits. En production porcine et avicole, le taux de mortalité augmente fortement quand le stress de chaleur devient trop intense pour les animaux. | Réduire le risque de stress de chaleur : tour d'horizon des mesures d'adaptation -
Surveiller les signes de stress de chaleur : Restez vigilants face aux changements de comportement des animaux : l’accélération de la respiration, la baisse de la consommation de nourriture, l’augmentation des refus et la réduction du temps passé en position allongée sont des indicateurs à observer pour se mettre en action. -
Optimiser la ventilation : Qu’elle soit naturelle ou mécanisée, la ventilation est le principal moyen d’assurer des conditions ambiantes optimales dans les bâtiments. Assurez-vous que l'air circule partout pour éviter les « points morts » (zones chaudes stagnantes). L'ajout de ventilateurs de recirculation et l'automatisation du système permettent une réactivité optimale face aux variations de température. -
Repenser le placement des animaux : Évaluez les zones plus fraîches de vos bâtiments et placez-y les sujets les plus sensibles. Par exemple, en production laitière, les vaches plus âgées tolèrent moins bien la chaleur que celles en première lactation. -
Réduire la densité animale : Si vos infrastructures le permettent, pensez à réduire le nombre d'animaux par parc en période de canicule pour améliorer la circulation d'air et limiter l'accumulation de chaleur. -
Privilégier une litière sèche et fraîche : Prévoyez une litière propre et abondante pour favoriser le confort des animaux en période de forte chaleur. L’augmentation de la fréquence d’entretien, ainsi que le type de litière peut faire une différence : le sable et la sciure de bois, par exemple, sont des options qui favorisent un environnement plus frais et sec. -
Garantir un accès illimité à l'eau : Les besoins en eau des animaux augmentent par temps de canicule. Assurez-vous que le débit est suffisant pour tous et multipliez les points d'abreuvement pour limiter les déplacements des animaux, et ce, tant dans les bâtiments qu’aux pâturages. -
Adapter la régie alimentaire : Pour soutenir les animaux, favorisez les périodes plus fraîches de la journée pour les nourrir. Vous pouvez aussi augmenter l'énergie de la ration ou encore ajouter du potassium ou des osmolytes pour maintenir la productivité et compenser les pertes d'électrolytes. -
Aménager les pâturages : Offrez des zones d’ombre (naturelles ou artificielles) et rapprochez les points d’eau des endroits ombragés. -
Isoler les bâtiments et planter des arbres à leurs abords : Gardez à l’esprit qu’une bonne isolation aide à conserver la fraîcheur. En complément, la plantation d'arbres autour des bâtiments crée de l’ombre, ce qui réduit la température de l’air tant autour qu’à l’intérieur durant la période estivale. Pour en apprendre davantage sur le stress de chaleur, consultez nos vidéos à ce sujet : Chaîne YouTube Agriclimat | Le stress de chaleur en production laitière : au cœur du projet de recherche Confor’T | | Mené dans le laboratoire de Véronique Ouellet, à l’Université Laval, le projet Confor’T a pour but de mieux comprendre comment les vaches réagissent à leur environnement thermique dans les conditions réelles et très changeantes que l’on retrouve au Québec. Regroupant 10 fermes laitières établies dans toute la province, les entreprises ont été sélectionnées afin de représenter différents types d’étables, de systèmes de ventilation et de méthodes de refroidissement ainsi que des modes de gestion avec ou sans accès aux pâturages. | Dans le cadre de ce projet, l’équipe de recherche suit en continu le microenvironnement offert aux animaux, soit la température, l’humidité et la vitesse de l’air. Elle mesure ensuite les réponses physiologiques et comportementales des vaches à ces conditions environnementales. En parallèle, le projet a également pour objectif : | -
de suivre la performance des animaux afin de mieux comprendre les répercussions du stress thermique sur la production et possiblement sur l’efficacité globale des élevages; -
d’identifier des seuils critiques (« seuils de rupture ») permettant de mieux reconnaître les situations où les animaux commencent réellement à être en difficulté; | -
de déterminer quels animaux sont les plus sensibles ou, au contraire, les plus résilients face aux épisodes de chaleur; -
de découvrir si certaines périodes de vagues de chaleur ont des répercussions différentes sur les animaux. Par exemple, les vagues de chaleur en début de saison versus celles en fin de saison estivale. | | Au cours de cette première année, l’objectif s’articulera autour de la caractérisation des environnements thermiques présents dans les fermes québécoises. Durant la seconde année, l’équipe travaillera directement avec les producteurs afin d’évaluer et d’améliorer certaines stratégies d’adaptation pour réduire le stress thermique et ses effets. | La Caravane des changements climatiques est maintenant en route | | Les deux premiers évènements de la Caravane des changements climatiques, en Mauricie et en Gaspésie, ont lancé la saison en beauté! Près de 60 producteurs et conseillers se sont réunis pour visiter des fermes, partager leurs expériences et discuter des défis bien réels auxquels ils font face. Chaque caravane est une occasion de découvrir des pratiques inspirantes et d’en apprendre davantage sur l’agroforesterie, la gestion de l’eau, les cultures de couverture ou encore la santé des sols, et surtout, d’échanger avec des producteurs de votre région. | Joignez-vous à une caravane près de chez vous en vous inscrivant dès maintenant : | Lanaudière 28 août 2026 - Les Fermes Lortie inc. | | Centre-du-Québec 10 septembre 2026 - Ferme Bertrand Simoneau | | Estrie 17 septembre 2026 - Ferme JF Bolduc | | Cette année, le CDAQ célèbre son 30e anniversaire! Depuis 1996, notre organisme accompagne le milieu agricole québécois en rassemblant les acteurs du secteur autour de projets structurants et mobilisateurs. Au fil des ans, ce sont plus de 20 programmes, près de 4 000 projets et des milliers de collaborations qui ont contribué à faire grandir de belles idées… et à les transformer en actions concrètes! Dès ses débuts, le CDAQ a été un catalyseur pour de nouveaux projets agricoles et l’héritage perdure plusieurs décennies plus tard : -
Mise sur pied d’une centaine de clubs-conseils en agroenvironnement. -
Création de postes d’agents régionaux en agroenvironnement. -
Programmes de biosécurité et de salubrité à la ferme. -
Plan d’accompagnement agroenvironnemental. En 30 ans, les défis ont évolué, les projets aussi, mais une chose est demeurée la même : notre conviction que les meilleures solutions se conçoivent en équipe. La force du CDAQ réside notamment dans le fait que ses projets reposent sur une connaissance très pointue des besoins du milieu et que ses membres représentent tous les secteurs agricoles et toutes les régions. Merci à tous ceux et celles qui font partie de cette belle aventure! Consulter les projets du CDAQ | Merci Charlotte Codron! Le CDAQ souhaite souligner le départ de Charlotte Codron, qui entame un nouveau chapitre en retournant aux études afin de réaliser un ambitieux projet : celui de devenir médecin. Au cours des dernières années, son expertise a contribué à plusieurs réalisations marquantes, notamment le développement du diagnostic de lutte contre les changements climatiques Agriclimat, la création du programme de formation destiné aux conseillers agricoles et le développement de la plateforme Agriclimat. Charlotte a également partagé ses connaissances par le biais de bon nombre de formations, conférences et ateliers destinés au milieu agricole. | | Son travail a permis de faire avancer des projets porteurs et d'outiller concrètement les producteurs, les conseillers et l'ensemble de nos partenaires. Son professionnalisme, sa rigueur et sa capacité à transformer les idées en réalisations auront marqué notre organisation. L'équipe du CDAQ la remercie sincèrement pour sa précieuse contribution et lui souhaite beaucoup de succès dans ce nouveau défi. | 💡Une expérience à partager, une pratique inspirante à mettre de l’avant ou une question à soulever? Vous pourriez collaborer à l’infolettre! Écrivez-nous à info@cdaq.qc.ca. Abonnez-vous dès aujourd'hui pour recevoir chaque numéro directement dans votre boîte courriel : Inscription à l'infolettre Agriclimat | | Agriclimat est financé par le gouvernement du Québec dans le cadre d’Action-Climat Québec, un programme coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030. | | | | |