En première ligne, les produits pharmaceutiques représentent 60 à 65 % de l’empreinte carbone et 25 % des émissions de l’ensemble des soins de santé au Canada1. La fabrication de produits pharmaceutiques génère plus d’émissions que la fabrication d’automobiles2! Production, emballage, transport, élimination… Le cycle de vie d’un médicament implique une utilisation de ressources et des émissions de gaz à effet de serre non négligeables, il est facile de l’oublier! Nos prescriptions ont donc un impact environnemental significatif, et la déprescription est bénéfique autant pour la patiente et le patient que pour l’environnement.
Cette capsule s’attardera sur les fameuses benzodiazépines, souvent laborieuses à déprescrire quand les gens en consomment depuis de nombreuses années. Leur déprescription, bien que reconnue comme difficile, fait partie des plus significatives et importantes à proposer par son triple effet bénéfique : sur la santé de la personne suivie, sur la santé planétaire et sur notre système de santé.
Bénéfices pour les patientes et les patients et pour l’environnement
Tout d’abord, rappelons que les benzodiazépines comportent des risques importants pour la santé et qu'ils augmentent avec l’âge : somnolence, chutes, fractures, trouble de mémoire et de concentration, incontinence urinaire, accumulation de certaines molécules selon la fonction rénale ou hépatique, etc. Tous ces effets secondaires peuvent amener une surconsommation de soins, dont des hospitalisations, qui auront un impact environnemental plus grand encore que la prise de médicaments elle-même. Rappelons également qu’aucune étude n’a exploré les effets à long terme de ces molécules sur la qualité du sommeil.
Un autre enjeu est le phénomène de dépendance qui s’installe et qui rend le sevrage difficile par insomnie rebond. Le Réseau canadien pour l’usage approprié des médicaments et la déprescription (ReCaD) a développé les excellentes brochures EMPOWER; l’une d’entre elles porte sur les benzodiazépines. On y explique bien aux patientes et patients pourquoi tenter un sevrage, et on y propose un protocole sur plusieurs semaines pour y parvenir.
Maintenant, voyons l’aspect environnemental de la prescription de benzodiazépines, bien documenté dans l’article Journey of a pill3. Il est fascinant de constater la distance parcourue (plus de 60 000 km!) par la matière première, puis par les médicaments dans cet exemple où le médecin prescripteur est à Vancouver, en Colombie-Britannique.