Prépare ton envol…la transidentité
Par Marie-Josée Roy et Danic Lussier
Les gens de son âge économisent pour l'achat de leur première voiture ou n'économisent tout simplement pas ! Mais pour Samuel, son seul projet est sa transition de genre selon son identité de genre féminin, soit une transition du sexe homme vers celui de femme. Samuel changera de prénom pour celui de Julie. Elle a de la chance, car sa famille est très ouverte et son cheminement médical est en cours depuis plusieurs années. Dans deux ans, la vaginoplastie sera enfin possible pour elle. Les soutiens familiaux, sociaux et médicaux sont assez optimaux dans sa situation. Cependant, le côté financier dans tout cela ? Voici quelques éléments que Julie devra prendre en compte pour faciliter cette belle transition.
Tout d'abord, il faut savoir que pour les personnes trans, les frais de chirurgies des organes génitaux, soit la vaginoplastie pour les femmes trans, et la mastectomie, l’hystérectomie et la phalloplastie pour les hommes trans, sont couverts par le Ministère de la Santé du Québec. Cependant, les frais esthétiques tels que l’épilation des poils, l'augmentation mammaire, les chirurgies du visage ou autres devront être payées à même leurs économies. Il est important de savoir qu'après un minimum de cinq ans d'hormonothérapie pour les femmes trans, il n'est souvent plus nécessaire d'envisager une augmentation mammaire, car l’augmentation des seins cesse après 5 à 7 ans en moyenne. Donc si Julie ne cherche pas à avoir une poitrine très volumineuse, la patience lui permettra d'économiser. Cependant, pour les femmes trans qui débutent le processus d'hormonothérapie plus tard en âge, la voix et le visage demeureront souvent avec des traits marqués du sexe d'origine, des coûts chirurgicaux pourraient alors être à prévoir, ce qui est rarement le cas pour les hommes trans. Exclusivement pour les personnes trans avec un diagnostic de dysphorie de genre, toutes les dépenses monétaires pour les chirurgies génitales et esthétiques, comme l’épilation de la barbe, peuvent être ajoutées comme « Frais médicaux » dans la déclaration de revenu du Québec et du Fédéral.
Quoique plusieurs soins soient payés par le gouvernement au Québec, il est important de prévoir qu’après chaque chirurgie une période de convalescence à la maison de 8 à 12 semaines sera nécessaire. Celle-ci pourrait toutefois se prolonger en cas de complications. Il ne faut pas craindre de valider ouvertement avec son employeur et son programme d’assurance collective si ce type d'intervention peut être couverte. Dans certains cas, l'employeur peut demander que cela soit accepté par la compagnie d’assurance pour l’assurance invalidité au travail et les assurances complémentaires. Si cela n'est pas possible ou qu’aucune couverture d'assurance invalidité n’est détenue, il sera important d’avoir un coussin de sécurité pour couvrir les dépenses régulières durant cet arrêt de travail. Il serait intéressant de prévoir également une marge de crédit ou un placement accessible supplémentaire au cas où des complications nécessiteraient un arrêt prolongé du travail. L'analyse du budget est donc essentielle pour vivre de façon paisible ce bel événement de vie.
Nous avons parlé de dépenses régulières, mais il faudra prévoir facilement un minimum de 500$ de frais d’accessoires liés à la chirurgie tel que pour l’achat de crème, lubrifiant, essuie-tout, sur-matelas, gants stériles... De plus, durant le séjour à l’hôpital, un accompagnateur pour l’entrée et la sortie sera nécessaire ainsi que pour soutenir moralement et apporter des accessoires, valises, sacs… Certaines personnes auront le souhait de dédommager leur accompagnateur pour les frais de transport, de stationnement, les repas à la cafétéria, l’hôtel s'il n'est pas de la ville de Montréal, ou si la chirurgie s’effectue à Toronto, Vancouver ou dans un autre pays. D’autre part, au retour à la maison, est-ce que l’énergie sera présente pour faire le ménage, les repas, s’occuper des animaux de compagnies, faire les commissions... ? Bien entendu, faire un super ménage avant de se rendre à l'hôpital et faire des plats cuisiner d'avance sont de belles stratégies. Mais pour plusieurs, cela sera un vœu pieux, car la vie va toujours trop vite et ménage et cuisine passent souvent après bien des activités ! Il serait alors sage de vérifier avec le CLSC de la région, car ils offrent souvent des aides à domicile et des plats cuisinés et livrés à la maison à faible coût.
De plus, lorsqu’une personne trans doit recevoir une chirurgie pour sa transition, elle est considérée invalide à travailler à partir du jour de l’entrée à l’hôpital, ou avant pour raison psychologique, jusqu’à la fin de sa convalescence autorisée par son médecin-chirurgien traitant. Donc, elle peut faire remplir par son médecin-chirurgien le formulaire de Revenu Québec « Attestation d’une déficience » et le formulaire de l’Agence du revenu Canada « Certificat pour le crédit d’impôt pour les personnes handicapées », pour obtenir un crédit d’impôt pour personne handicapée pour la période de temps qu’elle est invalide à travailler. Ceci puisqu’elle sera incapable de vivre seul et elle aura besoin d’assistance pour réaliser des activités courantes de la vie quotidienne.
Mais la transition, ce n'est pas juste les opérations ! C'est aussi le changement de prénom. Samuel ne sera plus. Julie, elle sera. Cela aussi requiert temps et argent. Une fois le processus de changement de prénom et de mention du sexe complété avec le Directeur de l’état civil du Québec, il faudra communiquer avec chacun des fournisseurs de services privés et gouvernementaux. Ne pas oublier d'aviser ses proches, s'il y a lieu, de modifier leur testament, cela facilitant le tout lors des legs. Évitant ainsi un « coming out » dans 30 ans à nouveau avec le notaire de la succession de ceux-ci ! De plus, pour ceux qui sont déjà propriétaires d'une résidence, ils pourraient avoir le goût de faire la modification avec leur nouveau prénom sur l’acte de propriété, mais il semblerait qu'il y a un vide dans la loi à ce jour. Donc une taxe de mutation pourrait alors être à nouveau chargée. Il est aussi à prévoir des frais de notaire pour le changement à l'acte de propriété et aux autres documents légaux (mariage, entreprise, acte de naissance des enfants...). Nous vous invitons donc à bien discuter avec le notaire de la situation et peut-être favoriser un notaire ayant déjà eu des clients ayant cette situation.
Un élément intéressant à penser est aussi le volet assurance de personne. Sachant que l'assurance-vie, en général, coûte plus cher à un homme (espérance de vie plus courte) et que l'assurance invalidité est plus cher pour la femme (les arrêts de travail pour causes de maladie sont plus fréquents chez la femme), nous conseillons de revoir ses besoins généraux en assurance avant une transition. Un choix en fonction de ce qui sera le moins dispendieux pourrait alors être effectué : débuter une nouvelle assurance avant ou après la transition. Présentement, certains assureurs basent leurs primes en fonction du sexe en cours et d'autres sur le sexe d'origine. Il est donc important de discuter ouvertement de tout cela avec un conseiller en sécurité financière. Il est aussi à noter que généralement les femmes trans ne peuvent pas tomber enceinte, mais que les hommes trans non hormoné en testostérone peuvent tomber enceint. Voilà un autre sujet de planification futur…
En somme, si vous rêvez comme Samuel, nous vous invitons initialement à revoir votre budget pour savoir quelle somme sera nécessaire pour votre convalescence, à déterminer le coût de ce que vous désirez comme interventions, d’avoir un coussin de sécurité, à vérifier vos couvertures d'assurances, à maximiser vos épargnes dans des solutions en fonction de votre horizon de placement, mais surtout, à vous entourer de gens qui vous aiment et vous respectent.
Nous vous laissons avec quelques ressources d'intérêts et remercions Madame Mélyssa Legault pour l’aide au contenu de cet article :
Aide au Trans du Québec (ATQ)
Jeunes Adultes Gai-e-s (JAG)
Fondation émergence
TRANS-Mauricie/Centre-du-Québec