10 mars 2026, Montréal/Tiohtià:ke (Québec) – Mères au front et Action Boréale demandent l’abandon de toutes les éoliennes du projet Des Neiges situées dans l’aire de répartition des caribous de la harde de Charlevoix, qui est protégée par la Loi sur les espèces en péril au Canada et par la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables au Québec.
Hydro-Québec, Boralex et Énergir, inscrivent le projet Des Neiges dans un processus de décarbonation du Québec grâce à la production d’une énergie qualifiée de « renouvelable ». Toutefois, outre l’énergie, rien n’est renouvelable dans ce projet et là est le problème. En effet, l'installation d’éoliennes dans l’air de répartition de ce cervidé ajoute des perturbations permanentes à l’habitat du caribou de Charlevoix, déjà au seuil de l’extinction. La grive de Bicknell se trouve également menacée par l’installation de certaines éoliennes de ce projet.
« Nous dénonçons l'utilisation du prétexte de la lutte contre la crise climatique par Hydro-Québec pour justifier une gigantesque augmentation de production d’électricité alors que d’autres scénarios sont possibles. Nous dénonçons également l’utilisation du même argument par Boralex et Énergir pour accroître leurs profits au détriment de la biodiversité. L’enrichissement de ces compagnies privées est d’autant plus choquant que, comme le signale un rapport de l’IRIS, certains de leurs profits sont transférés dans un paradis fiscal au Luxembourg. Nous demandons à Hydro-Québec, Énergir et Boralex l’abandon de toutes les éoliennes des projets Des Neiges situées dans l’aire de répartition des caribous de la harde de Charlevoix afin de permettre sa restauration. » affirme Isabelle Senécal, du groupe de Mères au front Montréal.
« Nos gouvernants, tant à Québec qu’à Ottawa, doivent modifier d’urgence leurs modèles de développement économique en tenant en compte que la lutte contre les changements climatiques et la protection de la biodiversité doivent se faire simultanément, car elles sont indissociables et s'influencent mutuellement. Ce sont les deux facettes d’une même pièce. Sans ça, nous lèguerons à nos enfants un monde appauvri et imbuvable. » déclare Henri Jacob, écologiste et président de l’Action Boréale.
La harde de caribous de Charlevoix a été sauvée in extremis il y a 4 ans par une mise en enclos. Depuis, elle se multiplie et les scientifiques qui s’en occupent commencent à planifier la remise en liberté d’une partie de la harde. Cette étape du plan de sauvegarde doit absolument être réalisée dans un délai précis, afin d’éviter que les caribous qui savent encore vivre en liberté ne s’éteignent avant d’avoir pu transmettre cette aptitude à des plus jeunes. Ultimement, le sauvetage de cette harde nécessite également la restauration de leur habitat.
En 2024, Québec prévoyait des mesures afin de restaurer l’habitat de la harde de Charlevoix. Pourtant, deux ans plus tard, le gouvernement autorise un projet qui risque fort de précipiter la disparition de celle-ci. En effet, deux des trois secteurs du projet Des Neiges empiètent sur l’aire de répartition du caribou de Charlevoix ; 10 éoliennes sur les 57 prévues pour le « secteur Charlevoix », et jusqu’à 23 autres sur un total possible de 68 pour le « secteur Ouest ».
Pourquoi accorder autant d’importance à la préservation d’une harde de caribous alors qu’il est urgent de lutter contre le réchauffement climatique en décarbonant le Québec?
Parce que :
- Protéger le caribou, c’est préserver un écosystème et l’ensemble des espèces qui en dépendent. C’est pourquoi le caribou est considéré comme une espèce dite parapluie et que le protéger est si important.
- La lutte contre les changements climatiques et la préservation de la biodiversité sont indissociables. Protéger les vieilles forêts dont le caribou a besoin, c’est préserver des puits de carbone essentiels pour limiter la crise climatique.
- Les conditions dont nous avons besoin pour vivre sont possibles grâce aux services écologiques rendus par une nature riche en biodiversité, dont l’équilibre repose sur le climat.
- Le caribou est également une espèce d’une grande importance culturelle et spirituelle pour plusieurs nations et communautés autochtones.
- Le caribou a, de plus, une valeur intrinsèque qui contribue à la beauté du monde. Voulons-nous vraiment que nos enfants nous demandent comment avons-nous pu les laisser disparaître?
Le projet Des Neiges fait partie d’un plan visant à augmenter rapidement la quantité d’énergie non-fossile disponible afin de limiter les émissions de carbone, en maintenant toutefois une économie basée sur la croissance sans limites. C’est dans ce modèle économique que s'insèrent les compagnies Boralex et Énergir, et c’est à cette commande que répond Hydro-Québec. Boralex vise à doubler sa puissance installée d’ici 2030, en plus d’un taux de croissance financière de 12% à 14%. Selon une étude de l’IRIS, entre 2013 et 2021, Boralex a transféré 61,7 millions au Luxembourg à l'abri de l’impôt. Énergir est, pour sa part, engagée dans un vaste projet de transition visant la carboneutralité d’ici 2050, ce qui est louable en soi. Puisqu’elle n’est pas cotée en bourse, ses prévisions de croissances ne sont pas publiques. La même étude de l’IRIS nous apprend, qu’entre 2012 et 2017, c’est 119,5 millions de dollars qu’Énergir a placés à l'abri de l’impôt au Luxembourg. À noter qu’il n’est pas possible de connaître les montants qui auraient pu être transférés vers d’autres abris fiscaux puisque le Luxembourg est le seul paradis fiscal dont les données sont accessibles au public. Boralex et Énergir poursuivent d’abord et avant tout l’objectif d’augmenter leurs profits. Le peu de cas fait au sort des caribous de Charlevoix en est la conséquence.
À l’instar du Regroupement Vigilance Énergie Québec, Mères au front demande au gouvernement, de tenir un BAPE générique sur l’énergie éolienne tel que recommandé par la majorité des BAPE produits ces deux dernières années sur des projets éoliens, afin de mieux comprendre leurs effets cumulatifs sur l’environnement et leur réel apport à la décarbonation.
Il est également temps de remettre en question ce modèle dans lequel décarboner signifie trop souvent détruire. Dans le nouveau nouveau rapport qui oriente l’élaboration du Plan de gestion intégrée des ressources énergétiques (PGIRE), au cœur de la loi sur l’énergie adoptée en juin dernier, les experts du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE) ont modélisé trois trajectoires, dont une de sobriété dans laquelle le Québec pourrait se décarboner d’ici 2050 avec trois fois moins de nouvelle production d’énergie que prévu actuellement.
En regard de ces solutions tangibles et réalisables, nous réitérons qu’un monde où nous avons tout ce qu’il faut afin de bien vivre, et dans lequel les caribous ainsi que toutes les autres espèces prospèrent est possible.